LETTRE MÉLOMANE 110 - 03/2010
Palmgren, ce mois-ci, oeuvres concertantes pour piano, pièces pour piano. Densité thématique, lyrisme caractérisent ces oeuvres, mais aussi modernisme de l'orchestration: des effets parfois sommaires, batterie, grosse caisse, mais heureusement une utilisation limitée de ces errements à mon avis détestables. En revanche, un pianisme plus proche de l'apogée qu'avait connu le 19e siècle et surtout la fin du 19e siècle. Virtuosité brillante, en des épisodes toujours bien délimités - qui pourrait rappeler le traitement des oeuvres concertantes de Restighi - voisinant avec de larges thèmes mélodiques plus simples, souvent très bienvenus. Palmgren semble tiraillé entre deux logiques: celle de l'ultra-simplification thématique liée à son épouqe (la nouvelle esthétique du "Groupe des Six" et ses dérivés), d'autre part la logique pianistique de la virtuosité, liée, elle, au genre instrumental concertant. Il s'ensuit des oeuvres composites, polymorphes. C'est dans les "Métamorphoses" pour orchestre qu'éclate à mon sens la simplification outrancière thématique et plus encore la vulgarité (le mot ne me paraît pas trop fort) d'une instrumentation qui n'a pas honte d'utiliser les effets de batterie comme un orchestre de flon-flon. Biens sûr, Palmgren n'est pas le seul responsable de cette dérive. Une caractéristique qui signe plutôt le snobisme iconoclaste de l'époque plutôt qu'une caractéristique propre au compositeur. Pour les cas les plus extrêmes, je me dispense de fournir des noms - quoique j'en ai quelques-uns dans le collimateur - car on m'accuserait d'acharnement. Et Palmgren n'est pas un des plus outranciers dans ce domaine, il s'en faut. Donc, pour moi, les "Métamorphoses": à éviter à tout prix, quoiqu'elles restent imprégnées d'un rhapsodisme réconfortant. Et curieusement, les effets pour moi les plus dégradés ne sont pas les plus modernes. Signalons aussi au positif les périodes mélodiques confiées aux cordes dont la fraîcheur lyrique étonne. Non, Palmgren n'est pas perverti jusqu'à la moelle comme "certains". Des oeuvres limpides, donc, tendance Kabalevsky, Khatchaturian, Constantinescu, Galynine, Taktakichvili, Napravnik ou Sinding... plutôt que groupe des Six. Le "Concerto n°5" peut, à mon sens, être qualifié d'expresionniste par référence à ces compositeurs. Une autre dimension qui élève souvent ces oeuvres au-dessus du standard obligé du modernisme: le rhapsodisme - dont le modenisme, naturellement, a une sainte horreur - pour ne pas dire un mépris absolu. Marque rhapsodique solide qui contribue à la dimension lyrique et à la densité thématique. Beaucoup de génie et beaucoup de gâchis dans ces pages concertantes pour piano et orchestre. Quel dommage de ne pas pouvoir monter au-dessus de 2 étoiles pour le Concerto n°1 et le 2, mais comment rattraper cette orchestration aussi négligée? Dans le répertoire des pièces pour piano solo, Palmgren se révèle à mon sens aussi inventif en évitant justement l'écueil de l'orchestration. Outre la très belle "Sonate op 11", il faut retenir ce superbe "Clair de lune" qui rejoint la fameuse pièce du même nom de Debussy en des tonalités voisines et pourtant tellement spécifiques. Et si je peux me permettre de l'affirmer, Palmgren me paraît avoir égalé le créateur du "Prélude à l'après-midi d'un faune". Il reste les "Tableaux finnois", oeuvres à mon avis vraiment limitées sur le plan thématique comme symphonique et n'affirmant aucune ambition sinon de fournir un fond discrètement rhapsodique à peu de frais. Oublions ces oeuvrettes sans importance. Et retenons le nom de Palmgren associé à un ensemble d'oeuvres pianistiques et concertantes qui tiennent leur rang et que l'on ne saurait négliger.
Les étoiles attribuées:
PALMGREN, Selim (1878-1951)
PIANO ORCHESTRE
Concerto n°1 po 13 (1904) (**/*/**/**)
Concerto n°2 (1914) (**/**) (un mouvement sur le cd)
Concerto n°3 op 41 Métamorphoses (1926) (*)
piano: Matti Raekallio - Turku Philarmonic Orchestra (Jacques Mercier)
Concerto n°4 1935 (**/*/**)
piano: Juhani Lagerspetz
Concerto n°5 op 99 (1941) (**/*/**)
piano: Raija Kerppo - Turku Philarmonic Orchestra (Jacques Mercier)
PIANO
Sonate ré mineur op 11 (***/**/***)
Clair de lune op 54 n°3 (***)
ORCHESTRE
Tableaux finnois (1908) (-/-/-/*)
Turku Philarmonic Orchestra (Jacques Mercier)
Izmi Tateno
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Prochaines oeuvres considérées dans la lettre d'un mélomane pour le mois suivant:
LESCHETIZKY Theodor (1830-1915) Oeuvres piano orchestre, piano
JUGY Pascal Noms d'oiseaux
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À bientôt
Claude Fernandez
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