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LETTRE-MÉLOMANE 2017-08


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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BEETHOVEN Ludwig Van (1770-1827)
TRIO
Trio C majpr op 87 2 haubois 1 cor anglais (1795)  icone   (-/-/*/*)  icone
Cette composition, à mon avis peu inventive et peu beethovénienne, n'ajoute rien à la gloire du compositeur. Datée de la fin du 18e siècle, elle n'affirme nulle esthétique romantique et se limite à un traitement assez traditionnel du genre. Il est possible que cette composition, pour un genre instrumental relativement inusité - et sans doute assez ingrat - ne soit due qu'à des circonstances historiques particulières. Le compositeur ne me paraît pas y avoir ajouté son inspiration personnelle, même s'il faut signaler quelques motifs plus saillants dans les 3e et 4e mouvements. A contrario, parmi les œuvres de musique de chambre utilisant uniquement des bois, je signalerais les superbes compositions de Franz Danzi (quatuor hautbois, clarinette, basson op 56)
GUILLEMAIN Louis Gabriel (1704-1770)
VIOLON
Douze caprices op 18 (1762)  icone  
À l'époque où Guillemain écrit ces caprices (1762), la musique galante a déjà largement remplacé le style baroque, sauf précisément pour ce type de composition. De par leur nature, les œuvres de virtuosité ne peuvent en aucun cas s'inscrire dans le style galant - qui leur est antithétique - mais obligatoirement dans l'esthétique baroque... ou romantique ou moderne. Guillemain est bien l'héritier - techniquement et thématiquement - des Vivaldi, Tartini, Locatelli... qu'il a, me semble-t-il, au moins égalés sur le plan de la virtuosité. Son mélodisme, purement baroque, usant abondamment des formules répétitives, ne connaît pas le chromatisme, exploité par Paganini plus tard dans ses 24 Caprices (en 1802-1807), mais aussi par exemple par Spohr. Guillemain inaugure incontestablement la virtuosité transcendante, cependant à mon avis, largement en deça de Paganini (quelques décennies plus tard, il est vrai), et sur le plan thématique ou expressif sans doute, bien qu'il atteigne des sommets inusités pour l'époque. Il abuse des marches d'harmonies et autres rosalies, et sur le plan technique des doubles cordes et bariolages, mais c'est pour le plus grand plaisir de l'auditeur. Les pièces les plus inspirées, les plus lyriques sont certainement les Caprices 5 et 11.
1 (***)  icone
2 (**)  icone
3 (**)  icone
4 (**)  icone
5 (****)  icone
6 (***)  icone
7 (***)  icone
8 (***)  icone
9 (***)  icone
10 (***)  icone
11 (****)  icone
12 (***)  icone
KRENZ Jan (1926-)
PIANO ORCHESTRE
Concertino (1952)  icone   (-/-/*)  icone
Difficile de trouver - en ce qui me concerne - un quelconque attrait dans cette composition au style pseudo-moderniste - quoique très tonale et même relativement mélodique. Une instrumentation à base de percussions, surtout xylophone, pas franchement outrancière, il faut l'avouer. Pas de tendance expressionniste malgré l'introduction à la clarinette basse. Ensemble décousu thématiquement. Seul le dernier mouvement me paraît relever quelque peu l'intérêt.
PEROSI Lorenzo (1872-1956)
PIANO ORCHESTRE
Concerto in la minore (1916)  icone   (***/**/*)  icone
Il est difficile de situer stylistiquement le Concerto de Perosi dans un quelconque contexte musical historique. Sans doute représentatif d'un certain retour à un mélodisme timide débarrassé d'effets trop contrastés, ce concerto rejoint ceux de Massenet (1902), de Cras (1881) d'Albeniz (1887), d'Elmas (concerto 3 de 1900), de Widor (1876), la Fantaisie de Fauré (1918). Mais, refusant l"hypercomplexité virtuose ou la recherche de volupté caractérisant plus ou moins ces œuvres, Perosi s'engage beaucoup plus loin dans ce qu'il faudrait nommer un certain minimalisme, notamment par une orchestration extrêmement dépouillée, excluant quasiment les cuivres. Il ne subsiste que quelques motifs exprimés par les bois et des pizzicatis de cordes que semble affectionner le compositeur. Minimalisme paradoxal car l'on y ressent nullement une volonté d'appauvrissement du matériau musical, aucun refus du lyrisme. Celui-ci s'exprime d'une manière très douce par des crescendos appuyés par les timbales. Perosi nous procure l'impression de virtuosité sans virtuosité. Son lyrisme est volontairement tempéré, sinon aseptisé, purifié. Il recourt également à la lenteur (pseudo-wagnérienne) et au pianissimo. Son retour au mélodisme simple est sans rapport avec celui, violent et contrasté, du Groupe des Six. Il en même l'inverse. Dans l'esprit, je rapprocherais assez ce minimalisme de celui de Jan Leontsky - du moins dans certaines de ses pièces pour piano solo. Un jeu subtil que l'on pourrait nommer (en paraphrasant Jankélévitch) la "musique du presque rien" et qu'on pourrait interpréter peut-être comme un ultime prolongement du post-impressionnisme finissant et une contestation du modernisme violent. De ce point de vue, ce mélodisme timide de Perosi est certainement le désaveu le plus cinglant à l'égard du modernisme arrogant et tapageur, beaucoup plus que le mélodisme du Groupe des Sept, lui-même parfois tonitruant et même grossier, et qui donc procède de la même logique moderniste. De fait, le Groupe des Sept manifeste surtout une contestation des hypersubtilités du post-impressionnisme finissant. De ce concerto de Perosi, on retiendra surtout le premier mouvement, et il n'est pas étonnant que le dernier mouvement, dans ce style assez opposé à l'essence du genre, soit un relatif échec. Dans le 2ème mouvement, à mon avis moins riche thématiquement que le premier, on remarquera cependant les motifs très bienvenus à l'alto. En définitif, si le 1er mouvement de ce concerto s'impose, il ne me paraît tout de même pas exceptionnel, et les autres mouvements me paraissent thématiquement insuffisants. Je ne suis pas sûr que ce style puisse atteindre le niveau musical des œuvres de haute virtuosité, du moins dans le genre concertant.



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À bientôt
Claude Fernandez


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