SOMMAIRE


LÉGENDE DES APPRÉCIATIONS SUR LES OEUVRES


- : peu intéressant

* : assez bon

** : bon

*** : excellent

**** : exceptionnel


Exemple pour une oeuvre en plusieurs mouvements :

Concerto (*/*/-/*)

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RIES Ferdinand (1784-1838)


ORCHESTRE

Le style symphonique de Ries dans ces symphonies ne me paraît pas se distinguer fondamentalement du standard préromantique initié par Stamitz sur le plan du langage. Ries apparaît même largement en retrait par rapport à Dittersdorf. Il semble refuser tout colorisme et répugne à tout effet original comme Gernsheim. Malgré cette limitation du langage, Ries impose un pathétisme certain grâce à une structure thématique souvent solide. L'homogénéité de cette orchestration trouve sa contrepartie positive par les effets de puissance qu'elle engendre. Ries sait donner une ampleur lyrique à ses crescendos préfigurant parfois ceux de Rossini. C'est la Symphonie n°5 qui me paraît porter les qualités de Ries à leur sommet. Le compositeur exploite particulièrement dans le premier mouvement les oppositions entre les tutti rythmiques et les passages mélodiques. On remarquera l'ouverture du premier mouvement particulièrement sombre et pathétique. Les parties de violon solo dans le 3e mouvement apparentent l'œuvre à une symphonie concertante, ce qui contraste avec le style assez massif de Ries. Le dernier mouvement, aux accents parfois presque tchaikovskiens, contient un remarquable passage nostalgique. Un charme viennois un peu désuet empreint cette œuvre. Moins achevés, les symphonies 3, 4 et 6 expriment cependant un pathétisme toujours très senti, mais souvent, malheureusement, des thèmes trop répétés. Avec la Symphonie n°8, à mon sens d'un style souvent outré, parfois vulgaire, grandiloquent plus que lyrique, Ries ne termine pas brillamment sa série.

Symphonie n°1 1808    (**/**/**/*)

Symphonie n°2 1813    (*/-/**/-)

Symphonie n°3 1815    (**/-/**/-)

Symphonie n°4    (**/*/**/*)

Symphonie n°5 1814    (***/**/***/***)

Symphonie n°6    (*/-/-/-)

Symphonie n°7    (**/*/**/**) icone

Symphonie n°8    (**/*/-/-) icone

PIANO ORCHESTRE

Dans le Concerto n°3, Ries affirme à mon avis une thématique nettement plus précise et marquante que celle de Hummel et même Moschelès. Ses effets pianistiques sont sans doute moins originaux que ceux de Chopin, mais la partie orchestrale me paraît plus élaborée, mieux intégrée à la partie pianistique. On perçoit l'influence de Beethoven dans l'orchestration, notamment l'utilisation du cor en pianissimo. Le pianisme se caractérise par sa clarté et une certaine recherche de cristallinité dans les sonorités. Le troisième mouvement affirme un style encore plus libéré du classicisme.

Concerto n°3 op 55 1812    (***/**/***)

Concerto 8 Gruss an den Rhein 1826  icone   (**/***/**) icone

Sans doute moins performant que le Concerto 3, cette œuvre montre indiscutablement les qualités lyriques et la maîtrise virtuose de Ries. Sur le plan rythmique, il ne parvient cependant pas toujours à briser complètement le continuum qui caractérise le concerto au début du 19e siècle, mais surtout son orchestration, à cette date relativement avancée (1826) conserve des archaïsme, une facture grossière et brute de décoffrage. Il faut ajouter pour le 1er mouvement des errements thématiques à mon avis pas toujours maîtrisés. Ces critiques disparaissent en ce qui concerne le 2ème mouvement, tant pour le traitement soliste que pour l'orchestration. Le 3ème mouvement, un peu sommaire à mon avis dans son thème principal et lourd dans son orchestration, n'en réserve pas moins de grands moments lyriques et un admirablement développement soliste virtuose.

Concerto 2 E flat major op 42 1808  icone   (***/***/***) icone

Très grand concerto, dont l'intérêt supérieur n'est diminué que par le style encore trop lourd de la partie symphonique. Au contraire, la partie pianistique, très brillante, très lyrique, évoluant souvent dans l'extrême-aigu, ne peut que séduire. Il s'y joint une richesse thématique exceptionnelle. Le compositeur s'affirme aussi bien dans les 3 mouvements, notamment avec un 3ème mouvement particulièrement long - trop peut-être - par rapport aux autres parties, mais qui ne comporte guère de faiblesses. La date de composition de ce concerto: 1908 - si elle est certaine - place cette œuvre comme pionnière, de même que le concerto l'Empereur de Beethoven (lui aussi composé vers 1908, mais qui fut exécuté pour la première fois en 1811). Les concertos précédents de Beethoven ne possèdent aucune des marques de nouveauté visibles dans le 2 de Ries, c'est un argument qui place Ries plutôt que Beethoven à l'origine de la modernité stylistique conduisant à toute une lignée d'œuvres jusqu'à Tchaîkovski, Litolff, Scharwenka... en passant par Liszt. Cela sauf si des éléments factuels montraient que Ries ait pu connaître le 5 de Beethoven avant la composition de son concerto 2, auquel cas il aurait pu s'en inspirer. Si l'on veut poursuivre la comparaison entre ces 2 concertos, il nous semble que sur l'ensemble des 3 mouvements le 2 de Ries dépasse le 5 de Beethoven. Pour ce qui est du 1er mouvement, la comparaison est plus serré car Beethoven bénéficie d'une partie symphonique certainement supérieure avec un thème bien caractérisé, exceptionnel. Sur la partie pianistique, il est à peu près aussi brillant que Ries, moins dense thématiquement, mais peut-être plus structuré et plus contrasté, Ries apparaît plus touffu.

Concerto 4 C minor op 115 1809  icone   (***/***/*) icone

Moins bon que le 2 ou le 5, ce concerto n'en est pas moins à mon avis un grand concerto, notamment pour son 1er mouvement et dans une moindre mesure pour le deuxième. En revanche, le troisième me semble raté, plutôt confus sur le plan thématique. Sa compacité, sa densité superposant piano avec orchestre nuit à sa clarté. Dans le 1er mouvement, Ries a réussi dans une certaine mesure à compenser la faiblesse de son orchestration trop sommaire par sa puissance lyrique. Le piano est toujours aussi virtuose, nous dispensant de nombreuses figuration en solo particulièrement éblouissantes.

Concerto 5 Pastoral op 120 1814  icone   (***/**/****) icone

Quoique très peu pastoral - mais le genre concertant pour piano est-il compatible à la veine pastorale? - ce concerto représente au niveau du soliste un véritable feu d'artifice d'idées constamment renouvelées: idées sporadiques magnifiant une virtuosité maximale. On trouve même dans les dernier mouvement, un procédé thématique rappelant le Concerto 1 de Tchaïkovski. Le point faible cependant, au niveau du 1er mouvement, est l'absence de thème principal bien caractérisé. En revanche, celui du dernier mouvement est clairement affirmé. Certainement très moderne par rapport à son époque, ce concerto reste parfois prisonnier d'une certaine régularité rythmique qui est un signe d'archaïsme. L'esthétique est plutôt proche de Bronsart, Beethovenn, mais de nombreux motifs, notamment dans le mouvement lent réfère à la thématique héritée de Hummel Moschelès. L'orchestration reste le point faible, néanmoins dans le dernier mouvement son classicisme est compensé par son énergie. On peut regretter l'emploi du cor en pianissimo en terminaison du 2ème mouvement. Au final, un grand concerto, qui atteint certainement, et dépasse peut-être le Concerto 2 du compositeur.

QUINTETTE

Quintette B mineur op 74 1815    (***/*/***)

Loin de demeurer en retrait de sa musique concertante comme on l'attend pour une œuvre de musique de chambre, Ries montre au contraire en ces pages particulièrement brillantes un pianisme d'une grande maturité, d'une souplesse étonnante. Le beethovénisme du Concerto n°3 semble avoir disparu, encore plus le conventionnalisme, sinon les pesanteurs des symphonies. Ce quintette est conçu plutôt dans l'esprit d'un concerto. Les cordes graves dominent dans la partie orchestrale, ce qui communique une certaine grandeur pathétique à l'œuvre, amplifiée par la dimension lyrique du piano. Le premier mouvement s'affirme par l'exploitation de figurations pianistiques sans thématique précise, bien que ce pianisme révèle une grande clarté. C'est en revanche un superbe thème bien scandé qui communiquent toute sa force au 3e mouvement. Lorsque l'on considère la date relativement précoce de cette œuvre au 19e siècle, on ne peut qu'être ébloui par la maîtrise de Ries.

SEXTUOR

Grand sextuor C majeur op 100 1817    (***/*/-)

Pianisme complexe, dense, limpide, brillantissime caractérise le premier mouvement de cette œuvre. Certains tours thématiques ont parfois une résonance très gottschalkienne. En revanche, il me semble que ce brillant évolue à vide dans les mouvements suivants, surtout le dernier où la sève de l'inspiration semble tarie.

Sextuor G mineur op 142 1814    (***/-/***)

Cette œuvre est empreinte d'une sensualité presque impressionniste que renforce la présence de la harpe, admirablement intégrée à la partie de piano. Cette caractéristique étonne eu égard à la date très précoce de cette œuvre. Les autres instruments évoluent sur un plan différent et communiquent malheureusement un certain sentiment de bizarrerie à l'ensemble. Cependant le piano et la harpe s'imposent et imposent leurs motifs très fondus et souples. D'une style différent, plus proche de la fantaisie, le dernier mouvement s'affirme par la virtuosité de ses motifs, que les autres instruments malheureusement n'amplifient guère. Encore une fois, c'est le piano qui emporte l'adhésion et parvient à nous faire oublier la relative faiblesse des autres instruments. Il me semble que la composition instrumentale de ce sextuor ne s'adapte pas foncièrement à l'inspiration et à l'esprit de l'œuvre.

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